Planter pour demain : 1400 arbres pour faire entrer la biodiversité au cœur du vignoble

Planter pour demain : 1400 arbres pour faire entrer la biodiversité au cœur du vignoble

Il y a quelque chose de profondément optimiste dans l’acte de planter un arbre. Dans vingt, trente ans, quelqu’un marchera entre ces rangées de vigne à l’ombre des arbres. On ne sait pas encore qui, mais nous avons planté pour eux la semaine passée.

Cette idée nous guide depuis plusieurs années. Dès 2022, dans le cadre de notre démarche en viticulture régénérative, nous nous sommes fixé l’objectif de planter au moins 100 mètres linéaires de haies chaque année. Un objectif rapidement dépassé. En 2024, plus de 1000 arbres ont été plantés au Domaine Gassier, avec une haie double de 700 mètres et un bosquet de 1,5 are.

Dans cette continuité, nous avons franchi un cap à Bellecoste. La semaine dernière, plus de 1400 arbres et arbustes y ont été plantés. C’est la première fois qu’une parcelle du domaine a été pensée en vitiforesterie avant même sa plantation : la biodiversité intégrée dès la conception, et non ajoutée après coup.

Restait à trouver le bon moment pour planter. La fenêtre a été étroite. Avec toute cette pluie, entrer dans la parcelle sans y laisser sa botte relevait parfois du sport extrême. Alors ce vendredi presque ensoleillé — on prend ce qu'on nous donne — nous étions 15 à l'œuvre, les mains dans la terre, à positionner chaque plant selon un plan précis établi avec les experts d'Agroof, avec qui nous collaborons depuis 2023. Quinze kilomètres dans les jambes à la fin merci le téléphone pour ce rappel.

Derrière cette journée, il y a une architecture bien pensée. Le projet s’organise autour de deux types de plantations complémentaires.

D’abord, deux corridors écologiques composés de haies à plusieurs étages (du plus petit arbuste jusqu'aux arbres qui domineront un jour le paysage) qui font entrer les bois environnants dans la parcelle. Ensuite, trois haies arbustives implantées au cœur du vignoble, conçues comme des zones refuges pour les insectes auxiliaires et les oiseaux.

Pour que ce système fonctionne, le choix des espèces est essentiel. Toutes sont méditerranéennes, adaptées à nos sols et à nos étés secs. Au total, 25 essences ont été sélectionnées, chacune avec un rôle précis : certaines, comme les cistes, amélanchier, ou encore l’amandier sauvage, apportent nectar et pollen au printemps. D’autres nourrissent les oiseaux avec leurs fruits, comme le rosier des chiens, le micocoulier ou le cormier. Les persistantes, comme la filaire ou le myrte, assurent un refuge toute l’année.

Peu à peu, ces haies vont devenir de riches lieux de vie. Elles favoriseront la présence de nos meilleurs alliés, les coccinelles, chrysopes, syrphes, guêpes parasitoïdes, qui participent à la régulation naturelle des ravageurs de la vigne. On ne corrige plus un déséquilibre, on recrée les conditions pour qu’il ne s’installe pas.

Le projet ne s’arrête pas là. Au printemps, après les dernières gelées, des mélanges de fleurs seront semés de part et d’autre des haies. Une étape supplémentaire pour enrichir les ressources disponibles et renforcer la continuité écologique.

Aujourd’hui, ce ne sont encore que de jeunes plants. Mais avec le temps, ces haies deviendront de véritables réservoirs de biodiversité. Elles structureront le paysage, protégeront la vigne, et accueilleront une diversité d’espèces bien au-delà de ce que l’on voit aujourd’hui.

C’est ça, la vitiforesterie : construire un écosystème complet. La vigne ne sera plus seule dans le paysage.